Journée Fluides 2025 : une belle réussite !

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L'Association fFrançaise du fFroid (AFF) organisait le mardi 9 décembre, l'édition 2025 de sa Journée Fluides, un rendez‑vous désormais incontournable pour les professionnels confrontés aux profondes mutations techniques et réglementaires liées aux fluides frigorigènes. Organisée par Olivier MICHOUX, président de la Commission Fluides de l'AFF et tous les membres engagés activement, retrouvez ci‑dessous un bref compte‑rendu et le support de présentation de la Journée en intégral :

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Une table ronde dans la continuité de 2024 intitulée "Un an après ?!"

Animée par Éric Devin (Président du comité Île‑de‑France de l'AFF), la table ronde a réuni des représentants des professionnels, de la formation et de l'administration publique. Tous ont salué la dynamique engagée en matière de montée en compétences, tout en alertant sur la pression accrue sur les installateurs, particulièrement les TPE‑PME, confrontés à la complexité croissante des exigences techniques et documentaires. Le SNEFCCA a rappelé les difficultés rencontrées par les TPE/PME pour répondre aux nouvelles obligations et la Direction Générale de la Prévention des Risques, représentée par Thérèse SIX, a décrypté les enjeux et l'esprits des nouveaux arrêtés fraichement publiés (ou en cours de l'être) liés à la F‑Gas III. 

CH35 et EN 378 : la « “nouvelle donne»” réglementaire décortiquée

Moment fort de la journée, l'intervention croisée de Daikin et Chemours a levé le voile sur la publication attendue du nouveau CH35, annoncée pour septembre 2025 après plusieurs années de navette réglementaire. Le texte introduira une révision de la formule quadratique de calcul de charge et redéfinira les conditions d'usage des fluides inflammables en ERP.

Ce nouveau CH35, présenté comme un compromis, vise à concilier sécurité, innovation et durabilité, tout en se rapprochant de la logique européenne de l'EN 378. Les intervenants ont détaillé les différents niveaux de sécurité requis : détection de fuite, surventilation, vannes de coupure, dispositifs d'extraction en salle des machines, ainsi que la réintroduction d'une formule de calcul plus rationnelle pour les petites installations.

Côté normes, la révision en cours de l'EN 378 intègre des concepts encore en débat - “intrinsic vs extrinsic safety”, “durably technically tight", ou encore “releasable charge”.

Maîtrise des risques : de l'analyse à la culture de sécurité

La CNEFIC Thermique, par la voix de Denis Mougeolles, son président, a livré une présentation marquante sur la compréhension du risque industriel. Analyses statistiques à l'appui, il a rappelé que la majorité des accidents naissent de défaillances humaines et organisationnelles, bien plus que de causes purement techniques.

À travers l'étude comparée de deux usines européennes utilisant des gaz inflammables, l'intervenant a démontré que la sécurité repose avant tout sur une approche globale : prévention, organisation, formation, redondance et gestion du retour d'expérience. Une mise en garde pertinente face aux fluides inflammables.

Les risques et la jurisprudence qui impactent les installateurs

La contribution de Claude Noël (Assurfroid - Howden) a apporté un éclairage rarement traité dans les conférences techniques : l'assurance et la responsabilité. Avec plusieurs cas réels à l'appui (incendies, pollution, dégâts matériels ou corporels), l'exposé a montré que :

  • lLes sinistres peuvent être totalement disproportionnés par rapport à la taille du marché initial ;

  • lLa jurisprudence récente sur les Éléments d'éÉquipements pProfessionnels (EEP) crée une incertitude sur la couverture décennale ;

  • lLes entreprises doivent renforcer leur prévention, leur contractuel (clauses limitatives) et leur vigilance vis‑à‑vis des sous‑traitants. 

Un sujet sensible qui a suscité de nombreuses réactions.

Fluides A2L et équipements sous pression : des contraintes en expansion

Tecnea Inspection, par la voix de Frédéric Vannson, a ensuite détaillé les conséquences du changement de groupe de certains A2L dans le cadre de la réglementation sur les équipements sous pression (ESP). De nombreuses installations auparavant exemptées passent désormais sous régime de suivi en service, avec des obligations renforcées de contrôle, déclaration et documentation. Le recours au Cahier tTechnique pProfessionnel (CTP) se révèle indispensable pour éviter des arrêts d'installation en exploitation.

Impact sécurité : propane vs R‑455A, l'analyse choc de l'INERIS

Très attendue, l'étude menée par l'INERIS et Solstice a présenté une comparaison inédite des risques d'effet domino entre un meuble frigorifique au propane et son équivalent au R‑455A. Les résultats sont sans appel :

  • Propane : plusieurs scénarios génèrent des flammes de plusieurs mètres, des explosions de jet et des surpressions pouvant provoquer des projections jusqu'à quatre mètres. Le risque est jugé moyen à élevé, notamment en phase de maintenance.

  • R‑455A : domaine inflammable extrêmement réduit, pas de feu torche ni d'explosion de jet détectables, risques confinés très faibles et sans rupture d'enveloppe.

Conclusion des experts : l'usage du R‑455A améliore nettement la sécurité intrinsèque vis‑à‑vis du risque d'effet domino.

Comprendre et réduire la charge ammoniac

L'intervention de Patrice Poisson (Mayekawa France) a rappelé que la charge de réfrigérant ammoniac conditionne simultanément :

  • la performance ;,

  • la sécurité (toxique, inflammabilité, risques pression‑volume) ;,

  • et la réglementation (ICPE, EN 378 – seuils 25 kg / 50 kg / 3000 kg). 

Plusieurs enseignements forts en ressortent :

  • Le design des échangeurs et le choix entre systèmes directs ou indirects modifient radicalement les volumes internes, donc la charge utile.

  • Sur un même évaporateur, la charge peut varier de +67 % à +258 % selon la technologie.

  • Une réduction excessive de charge peut aussi dégrader la performance énergétique, d'où la nécessité d'un dimensionnement équilibré.

Une intervention très pédagogique qui a remis en perspective les arbitrages à réaliser entre sécurité, efficacité et contraintes ICPE.

Optimisation énergétique des tunnels et évaporateurs

L'intervention ABN Engineering a apporté un éclairage technique sur l'optimisation de l'alimentation des évaporateurs, à travers la technologie Optifeed.
Les conclusions clésefs :

  • Le passage d'une alimentation classique (haut ou bas) à une alimentation contrôlée par le bas réduit à la fois la charge en ammoniac et la consommation électrique.

  • Sur un tunnel de surgélation, Optifeed fut présentée comme la solution permettant :

    • la plus faible charge d'ammoniac basse pression ;,

    • les meilleurs gains énergétiques ;,

    • un pilotage plus fin du dégivrage et des débits.

Un exposé qui a marqué les industriels présents, pour lesquels la facture énergétique reste un enjeu majeur.


District cooling et hautes températures : la contribution de l'InraeNRAE

Une intervention scientifique majeure a présenté les résultats d'un projet d'étude sur les réseaux de froid urbains dans les régions à fortes températures ambiantes (Moyen‑Orient). Les conclusions dans les grandes lignes :

  • Les alternatives intégrant le HFO‑1234ze offrent de meilleures performances énergétiques et un PRG très bas, conforme aux exigences futures.

  • Les consommations hydriques peuvent être réduites de 65 % à 100 % selon les configurations, un enjeu critique dans ces zones où l'eau est rare.

  • À l'horizon 2050, ces systèmes pourraient réduire significativement l'impact environnemental global des villes étudiées.

Innovation : Thermostore, le stockage thermique nouvelle génération

La journée a été enrichie par l'intervention de Gilles Labranque sur une note d'innovation, avec la présentation de Thermostore, la technologie de stockage thermique par sorption développée par Sofrigam. Issue du projet européen Ministor, cette solution sans batterie, reposant sur des réactions réversibles entre sels et ammoniac, ouvre la voie à une réduction des coûts de stockage thermique, ainsi qu'à de nouveaux usages dans l'énergie, la logistique du froid et l'industrie.

R‑513A comme solution de retrofit : le retour d'expérience

L'une des contributions les plus pragmatiques de la journée fut celle consacrée au rétrofit des conteneurs maritimes du R‑134a vers le R‑513A. L'étude présentée par Thibaud Leboucher (Easy froid) a démontré que :

  • Le GWP est réduit de moitié (de 1300 à 631) tout en conservant une classe de sécurité A1.

  • Les performances thermodynamiques restent très proches, avec un EER légèrement inférieur mais compensé par une opération stable. 

  • Le retrofit est simple et rapide : compresseur inchangé, pas de vidange d'huile, une intervention complète en moins de 4 heures.

  • Les tests sur un conteneur Carrier instrumenté (9 capteurs internes) ont confirmé un pull‑down amélioré (1,1 h contre 2 h), et des températures internes maîtrisées.

Une solution opérationnelle déjà adoptée par plusieurs détenteurs de parcs, qui y voient un moyen efficace de réduire l'empreinte carbone sans immobiliser leurs équipements.


Une filière en pleine mutation

Au sortir de cette Journée Fluides 2025, un constat s'impose : la transition vers les bas PRP, combinée à l'évolution rapide des normes et au renforcement du cadre F‑Gas, exige un effort collectif massif. Formation, accompagnement réglementaire, innovation technologique et culture de sécurité seront les clés pour une filière du froid à la fois performante, durable et sûre.



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